L’année de la frustration ?

Certes nous pourrions dire et même penser que dans notre monde d’hypercommunication, où les réseaux sociaux sont autant de forums athéniens, où Twitter et Facebook ont été autant de relais des révolutions de Tunisie, Égypte, Yémen, Libye…,  que tout ne va pas si mal. Le lien social fonctionnerait à merveille ! Après tout cette année a démarré sous les meilleurs hospices portée par la fougue et l’esprit du Maghreb comme le signal de la reconquête de l’espace public par toute une génération ! Et dans la foulée nous oublions vite cette étude de la Fondapol qui montrait une jeunesse plus sûre d’elle même que de son pays… Patatras 47 % des français sont seulement satisfait de l’époque dans laquelle ils vivent. A peine un français sur deux juge même son avenir prometteur (61% pour la jeunesse européenne). La jeunesse française l’une des plus pessimistes du monde ?

Et puis il y a eu un premier séisme au Japon, une catastrophe écologique majeure, 27 000 morts, l ‘accident nucléaire de Fukushima  et ses conséquences radioactives terribles. Dans la foulée des prises de positions rapides sur le nucléaire. En finir avec le tout nucléaire ? En finir avec le nucléaire ? Revenir à l’âge de pierre ? Inhaler du charbon ? On a un peu vite oublié qu’en France le nucléaire c’est aussi et surtout une économie majeure…  La dictature de l’urgence toujours, celle là même objet du livre du Directeur général de la Fondation  Jean-Jaurès Gilles Finchelstein. Réagir aux peurs de l’instant. Une première frustration suivie d’autres face à la série de séismes japonais et à notre impuissance.

Ensuite une crise d’une autre nature : l’abstention record des dernières élections cantonales de mars et la confirmation du vote FN. 56% d’abstention au second tour. 15,18% pour le FN sur l’ensemble du territoire et son maintient dans 402 cantons. Finalement, depuis la qualification de JM Lepen au second tour de 2002, depuis les élections régionales de 1998 où le FN est en position d’arbitre, depuis les élections municipales de juin 1995 et la prise de trois villes par le FN rien n’a changé. La scission Mégret a divisé un temps les voix du FN pas plus. Et que dire de l’abstention ? Nous assistons à un désintérêt grandissant des français pour leur représentant politique. Un divorce de plus en plus intenable et tellement annoncé !

Et maintenant les amalgames. Un débat sur l’Islam, des mots graves de la bouche d’un ministre et une loi aujourd’hui qui interdit le niqab et la burqa dans tous les lieux publics en France, comme s’il s’agissait d’interdire le FN pour en éradiquer les causes….

Enfin, c’est la perte du pouvoir d’achat qui ne connaitra plus le même dynamisme qu’auparavant. La frustration est totale.

 

« La République se vit à visage découvert » c’est la com’ du gouvernement ! La réponse à ces crises successives que nous vivons depuis le début de l’année. Marianne n’offre plus sa générosité. Elle n’a plus comme nous le fait remarquer Blandine Grosjean sur Rue89 ses seins nus. Oubliées les bustes de Laetitia Casta et Brigitte Bardot… Marianne a les épaules couvertes et un décolleté minimum. Un symbole révolutionnaire dont on gomme aujourd’hui le caractère et la dimension symbolique. C’est intéressant pour une campagne contre la dissimulation du visage. Oubliées aussi depuis plus de trois ans les campagnes officielles de l’État pour appeler les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à aller voter. Le « j’y vit, j’y vote » de mes années de jeune militantisme au MJS… Pourtant le Service d’information du gouvernement (SIG) avec un budget officiel de 27 millions d’euros (chiffre 2008 donné par Aurore Gorius et Michaël Moreau dans Les gourous de la Com’) contre 6 millions d’euros pourrait allégrement sensibiliser les français sur l’importance du vote. L’information c’est avant tout un service public ! Et je suis sûr qu’une grande consultation donnerait à tous les créatifs de nos agences de com’ de fabuleuses propositions de campagnes de communication pour faire agir toutes les françaises et tous les français (bien sûr comme le dit Céline Braconnier co-auteure de La démocratie de l’abstention des facteurs structurels de la démobilisation existent et il faut mettre en place des réformes de « facilitation électorale », mais vous me permettrez cette chute légère égale à la douceur de cette nuit d’écriture). Aujourd’hui, le journal Les Échos décrypte le discours sociétal des banques : la communication de la Société Générale ne dit-elle pas « Rien n’est plus beau que l’esprit d’équipe ». Cqfd.

Il ne reste plus qu’à nous agripper à nos smartphones pour retrouver ce lien social qui nous manque tant !

Le titre est emprunté à l’article de Jean-Roch Bontemps, chef de projet à l’Echangeur « 2011, l’année de la frustration ? » sur les tendances dégagées par le Mobile World Congress de Barcelone et publié sur INfluencia.

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