Nos années 70 : les insouciantes

Ils sont de tous les âges. Ils sont habillés de toutes les couleurs. Ils évoluent dans un espace de totale liberté. La campagne est étincelante. Les hommes et les femmes s’aiment sur les routes départementales tandis que les bolides tracent leur route. Une femme donne le sein à un nourrisson. Une autre nue se lave parmi la nature. D’autres danses. Ils sourient. Une femme plonge dans une rivière. Une petite tête blonde joue au bord de l’eau.  Tandis qu’une jeune fille musarde parmi les hautes fougères d’un champ. S’il n’y avait pas la voix de John Lennon célébrant la classe ouvrière et les notes de musiques très mainstream, il est fort à parier que le champ de l’hirondelle qui annonce le printemps nous parviendrait comme un parfum anachronique, rebelle à la ville enfleurant nos narines. Puis la voix de Bruno Abraham-Kremer s’imprimant sur les images : « jamais on avait imaginé si fort, jamais on n’avait rêvé si haut, si coloré, temps suspendu, moment de grâce. Tout semblait possible. L’impossible surtout. Tout était réaliste à commencer par l’utopie, le vierge, le vivace, le bel aujourd’hui… inventés les beaux lendemains. Rarement décennie aura été abordée avec autant d’insouciance. Oui, mais voilà cette insouciance nous avez été que prêtée. Et il nous faudrait bientôt la rendre. Et ça on ne l’avait jamais imaginé. ». Ainsi commence les premières minutes de Nos années 70 : les insouciantes, un documentaire réalisé par Patrick Cabouat et coproduit par le service public (France 2 et l’INA).

Nos années 70 Les Insouciantes from Program33 on Vimeo.

La vérité est ailleurs comme dans la série X-Files : Aux frontières du réel

Imaginons, ne serait-ce qu’un instant ce que pourrait être non pas le documentaire des années 2000, mais celui du XXIème siècle, puisqu’il faut 10 ans à un siècle pour véritablement commencer. Quelles images pour l’écriture du roman national qui joue des coudes sur les rayonnages de la librairie devenue mondiale, ne pouvant rien ignorer  de l’épaisse fumée de l’accident nucléaire de Fukushima, des rassemblements du Printemps arabe, du massacre d’Utøya et de la faillite grecque ? L’éruption de l’Eyjafjöll, ce volcan islandais prélude aux soulèvements révolutionnaires de 1789 dissipant une immense fumée sur le ciel français, le collectif Jeudi noir pénétrant un immeuble « abandonné » du 22, avenue Matignon, à proximité de l’Élysée… dont Jérôme Kerviel serait le héraut, tandis qu’une grosse berline allemande s’éloignant de Paris en direction de la Belgique avec à son bord Bernard Arnault, le puissant patron de LVMH, emportant avec lui, une malle Vuitton contenant  des siècles de savoir-faire et de culture française, images inondées de la voix  d’un Eiffel chantant : « Place de mon cœur gueule une envie de fronde… » ? Cela ferait un très mauvais documentaire fort malhonnête, tant la vérité est ailleurs comme dans la série X-Files : Aux frontières du réel qui a nourrit l’imagination de toute une génération, confrontée aujourd’hui, à son tour, au possible et à l’impossible tels les agents Mulder et Scully, des pions… c’est ce que voudraient nous faire croire toutes une garde de déclinologues noircissant des milliers de pages à coup de théories sur le pessimisme français, la fin des valeurs, et la chute de l’empire…

La confiance, grande cause nationale !

Pierre Rosanvallon,  ne dit-il pas autre chose dans le petit livre orange de la collection qu’il codirige au Seuil La République des idées  : « Refaire société ? Parce qu’il n’y en a plus, pourrait-on dire de façon lapidaire » et d’ajouter « Nous vivons en effet une terrible régression, ou encore une contre-révolution silencieuse. ». Pierre Leroux disait déjà la même chose… au milieu du XIXème siècle. Cynthia Fleury n’a-t-elle pas consacré un essai intitulé « La fin du courage » publié en 2010. On peut y lire page 15 : « Chaque époque historique affronte, à un moment ou à un autre, son seuil mélancolique. ». Nous faudrait-il un nouveau Churchill qui continue de croire et dans son peuple et dans le courage de l’autre ? Il est grand temps de réenchanter le rêve français, de renouer avec un discours publicitaire de confiance au lieu d’une communication humble, aseptisée et apeurée.

Que dit le sociologue Michel Maffesoli : « Il suffit de sortir, d’allumer son portable, pour se rendre compte que nous sommes toujours « en relation avec », qu’il y a toujours autour de nous une communauté, et que les émotions font le lien. » et d’ajouter « Au « Je pense donc je suis », qui fonde l’individualisme, a succédé le « je m’éclate avec » ». Avec son petit opuscule « Petite poucette », le philosophe Michel Serres annonce « Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer. » Et si nous réinventions la confiance ? Pire. Si nous décrétions, la confiance, grande cause nationale !

« Vivre au présent dans la France d’aujourd’hui»

C’est Rémy Oudghiri, le Directeur du département Tendances et Insights (Ipsos Public Affairs) qui apporte un certain nombre de réponses à la question « Vivre au présent dans la France d’aujourd’hui : ici et maintenant, la tendance qui monte ? ».  Les gens n’hésiteraient plus à affirmer la primauté de leur plaisir. «On sent une envie d’injecter de la légèreté et de la couleur dans sa vie ». Le thème de « l’humain » remonte dans toutes les enquêtes. « De plus en plus d’individus souhaitent prendre un peu de recul, et gagner en créativité personnelle ». Est-ce suffisant pour décréter la confiance et le retour aux années insouciantes ? L’imprévisible et l’incertitude sont devenus dans les années 80 les étendards de la société de la peur et du risque. L’impact d’un accident est démultiplié du fait des médias. Le moral des français n’échappe pas à la règle ; quand on les sonde sur leur avenir après l’alternance politique, on obtient 68 % de personnes se disant pessimistes (sondage IFOP réalisé les 30 et 31 août pour Dimanche Ouest France ). L’insouciance des années 60 et 70 ne reviendra pas. Pour réinventer la confiance, il faut donc la créer.

Une réflexion sur “Réinventer la confiance (1)

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