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Vivre ensemble

Un  lundi de janvier, des manifestants bloquent les travaux de la rue Vitoria, dans le quartier populaire de Gamonal. Les burgalés sont en colères. La crèche toute proche a été fermée faute de fonds nécessaires pour en assurer la survie. Pourtant le boulevard, artère principale du quartier, bénéficie d’un traitement de faveur pour des travaux d’embellissement. Je ne suis pas à Burgos. Je lis toute une page du Monde consacré au Boulevard pour la colère, c’est le titre du reportage signé de la correspondante madrilène du quotidien du soir. Seulement voilà, la hausse continue des impôts locaux depuis trois ans, des affaires de corruptions et le sentiment d’abandon des chômeurs en fin de droits qui vivent dans le quartier populaire ont générés l’étincelle de la discorde.

Burgos

Je connais bien Burgos, même très bien. Je revois la lumière jaillir avec l’arrivée du train. Les sonorités ibériques. Cette ancienne capitale espagnole, berceau de la Vieille-Castille, bien connue des pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ressemble à tant d’autres villes européennes au climat méditerranéen continental. Ne dit-on pas d’ailleurs « court comme l’été à Burgos ».  Et le slogan municipal « Souris c’est Burgos » claque telle la belle promesse d’une époque d’expansion économique révolue. Les hivers sont froids. La neige et la pluie ne sont pas rares. La cathédrale figure au label UNESCO patrimoine mondial de l’Humanité. La gare ferroviaire, inaugurée en 2008, illustre la fierté de l’Espagne et la splendeur des années 2000. Elle porte le nom de Rosa de Lima, socialiste, femme politique, première femme gouverneure civile et également première femme directrice générale du trafic. L’époque où le charisme de José Luis Rodríguez Zapatero, né à quelques encablures, à Valladolid toute proche, incarnait la modernité retrouvée d’un pays sortit de la chape de plomb des années Aznar.

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Une autre image se télescope au même moment. Celle de Marina Ginestà, posant sur la terrasse de l’hôtel Colon, à Barcelone. Elle avait dix-sept ans. C’était 1936, la révolution. Elle portait un uniforme de milicienne. Elle devient l’icône des républicains au regard orgueilleux. « Nous nagions alors dans la mystique de la révolution prolétarienne et les images de Hollywood, de Greta Garbo et Gary Cooper. » dira-t-elle au seuil de sa vie. Marina Ginestà est morte quelques jours avant la mobilisation des habitants de Burgos.

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Aurait-elle endossé son vieil uniforme de républicaine ce dimanche à l’unisson des milliers d’espagnoles et d’espagnols défilant pour défendre le droit à l’avortement contre l’obscurantisme du gouvernement conservateur espagnol  en mal de ligne politique claire?

J’entends toute proche la belle voix de Leire Martínez Ochoa, la chanteuse du groupe espagnol La Oreja de Van Gogh. Que dit-elle ?  C’est pour ça qu’ils ne pourront pas arrêter / Le printemps qui est prêt à arriver / C’est pour ça, viens pour voir ta ville. L’album s’intitule « Une promesse de Printemps ».

Quittons l’Espagne un moment. Regardons la France. Selon le baromètre de « la confiance politique » publié mi-janvier par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof),  les valeurs d’ordre, la défiance envers les institutions politiques et la peur de l’autre se sont durablement emparées du pays. A l’heure des élections municipales, le vivre ensemble est plus que d’actualité. Le Maire serait ce bouclier du vivre ensemble…

La potion magique : le lien social, la proximité, la fraternité… Le bien-être pour tous !

A suivre.

Réinventer la confiance (3)

C’est la faute à Robespierre ?

Joli mois d’août à Paris. Comme dans la chanson, J’adore les quais de la Seine, l’Ile Saint-Louis, la Place Dauphine, les bouquinistes surgi tout droit du XVIIème siècle. L’âme de Paris. Serait-ce le chant des oiseaux ? Les caresses du soleil ? Les gens ont la tête ailleurs. Quai des Grands Augustins, dans la boite verte, un livre. Et cette phrase  de Robespierre : « Vous n’avez donc rien fait pour le bonheur public si toutes vos lois, si toutes vos institutions ne tendent pas à détruire cette trop grande inégalités des fortunes… ». Ces mots, cette volonté. Après-demain, le 26 août, anniversaire de l’adoption de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’était en 1789. C’était à Versailles. C’était dans la salle des menus plaisirs.  Est-ce un jour passé aux oubliettes de l’Histoire, comme s’il fallait mieux commémorer les jours Saints, les jours d’Armistices ? Toujours Robespierre.  

Au hasard des rues, j’entre dans la librairie Delamain, au 155 rue Saint-Honoré, entre le Palais Royal et le Conseil d’Etat. On ne peut rêver meilleure position. Là, je bute sur le livre d’un psychiatre vendéen des hôpitaux de Paris qui s’emploie à caricaturer l’Incorruptible. Plus loin, un premier roman associant Robespierre à la Terreur… François Furet, Michel Onfray, Lorant Deutsch et avec eux les manuels scolaires nous apprennent dès le plus jeune âge que l’homme est synonyme de Terreur…. Enfin, Robespierre, une politique de la philosophie. Robespierre « aimé du peuple de France comme aucun chef politique, aucun gouvernement de son temps ».  Dans Robespierre reviens !, les auteurs Alexis Corbière et Laurent Maffeïs m’apprennent que Robespierre défend le suffrage universel, le non cumul des mandats, la peine de mort, l’abolition de l’esclavage, une organisation résolument décentralisatrice, et la primauté du peuple… 

Et si Robespierre incarnait l’homme politique rêvé ? Et si la défiance des français envers la politique était la faute de Robespierre qui n’a pas vécu assez longtemps pour imposer durablement son éthique ?

Une perte de confiance collective des citoyens ordinaires Crises et déceptions. Malaise des classes moyennes, déclin de l’industrie, montée du Front National, chômage… Depuis plus de trente ans, les mêmes symptômes conduisent aux mêmes causes.  Le baromètre de la confiance politique mené par le Centre d’étude de la vie politique française (CEVIPOF) en janvier 2013 ne dit pas autre chose soulignant que quand plus de 55% de l’électorat décide de s’abstenir, on peut légitimement supposer que ce boycott des urnes n’émane pas seulement des citoyens les plus fragiles, en état d’auto-exclusion politique. Mais qu’il s’agit d’un acte-sanction témoignant d’une perte de confiance collective des citoyens ordinaires.

L’homme de parole L’homme circule sans aucune escorte, même en pleine nuit, alors que la capitale est peu sûre. Il défend ses convictions politiques avec courage, abnégation, justesse et passion sans jamais se départir d’en analyser les conséquences et les rapports de forces. N’a-t-il pas déclaré à l’Assemblée nationale alors que les émeutes se multiplient contre le peuple, invitant les députés : « à remonter à la source du mal, à découvrir pourquoi le peuple meurt de faim  plutôt que de l’égorger quand il s’attroupe ». Il est toujours élu triomphalement,  à la quasi-unanimité à la présidence de la Convention le 6 juin 1794. Il milite pour le bonheur pour tous… 

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Place du Marché Saint-Honoréil ne subsiste rien du Couvent des dominicains où se réunissait  le club des Jacobins. C’est là que Robespierre aime à se rendre, qu’il essaye ses idées, qu’il est régulièrement acclamé. La place est baptisée « place Robespierre » après le vote du Conseil municipal de Paris le 13 avril 1946 pour être débaptisée en 1950. Aujourd’hui, à la place du couvent détruit en 1816, un temple de verre dédié à la consommation, comme si l’inventeur de la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » adoptée en 1848 devait être à jamais l’éternel oublié de l’Histoire, comme si ses écrits avaient été à jamais ensevelis par la destruction du couvent. Pourtant c’est bien ici, que les larmes de  

Camille Desmoulins saluent l’excellent citoyen qui est certain de payer de sa tête les vérités qu’il vient de dire au moment de la fuite du Roi le 20 juin 1791, alors que l’Assemblée nationale préfère la passer sous silence en la qualifiant d’enlèvement pour désarmer la colère populaire. Robespierre déclare le soir même aux Jacobins : « L’Assemblée nationale trahit les intérêts de la nation ». 800 personnes lui offre une ovation quasi mystique. C’est Jean Poperen qui le narre dans son livre Pour Robespierre. J’entend la voix de Jean Jaurès « sous le soleil de juin 1793 je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution ».

Il est grand temps de redécouvrir Robespierre et de lui redonner sa place, toute sa place au Panthéon de l’Histoire. Une introduction pour réinventer la confiance.

Les vrais gens ou comment faire conversation

D’abord une histoire, celle de l’accordéon…

La dernière usine française d’accordéons retient son souffle. La maison, presque centenaire, nichée à Tulle en Corrèze s’interroge. Son patron, arrière-petit-neveu de l’un des fondateurs, 71 ans se bat pour assurer la pérennité du « made in France ».  L’accordéon, cette famille d’instruments à vent, fait partie du patrimoine musical français. Il y en a pour tous les gouts, pour toutes les classes : du « piano du pauvre » au « piano du diable » en passant par la « boite à chagrin ».  On ne peut évoquer l’accordéon sans convoquer Léo Ferré et Jacques Brel. Que serait la France aujourd’hui sans le fabuleux destin d’Amélie Poulain, cette valse qui colle à la peau de Yann Tiersen ? Ce sont les années yé-yé, avec Eddie et Johnny qui ont démodé l’instrument.  C’est Valéry Giscard d’Estaing, qui candidat à l’élection présidentielle de 1974 en fit son agent de liaison avec le peuple français. Une partie de campagne, le film de Raymond Depardon magnifie ces instants où le candidat républicain indépendant joue de l’accordéon en bras de chemise en totale contradiction avec le personnage aristocratique que l’on connait et qu’il incarna durant un septennat. C’est également lui qui multiplia les petits déjeuners avec les éboueurs du Faubourg Saint Honoré et les diners chez les français. Il a sans doute était le premier à vouloir nouer un dialogue marketing avec les vrais gens, sous entendu avec ceux qu’il ne connaissait pas. Il voulait sans doute communier avec la France profonde comme Kennedy avec l’Amérique. Les vrais gens sont devenus plus qu’un créneau marketing, un axe de communication. Ironie du sort Johnny qui tua l’accordéon populaire chante Je te promets, un vrai discours de candidat « Je te promets des nuits rouges comme tes rêves… ».

Les honnêtes gens

La Bruyère est sans doute le premier à parler du « destin du vigneron, du soldat et du tailleur de pierre ». Ce moraliste qui ose voir et dire ce qu’il ne faut ni dire ni voir. Il fait imprimer Les Caractères en 1687. Et il aura cette magnifique phrase : « Il y a des misères qui saisissent le cœur… ». Il préférait les honnêtes hommes. Il faudra attendre Gustave Courbet, qui en 1849 avec une immense toile pour Une après-dînée à Ornans :  raconte la vie des simples gens dans un intérieur modeste et sans façon de Franche Comté, verres d’alcool à la main. Un scandale pour l’époque où les grands formats étaient destinés à des scènes historiques.

Qui y a-t-il de commun entre des cigarettes, la télévision, des hommes politiques qui découvrent le peuple et une banque ?

La société consacre aujourd’hui les anonymes : ces milliers de gens à la vie vraie que l’on propulse au premier rang pour crédibiliser une histoire.

1973
Conception : John Scott et Lola Schalit
DA : John Scott
CR : Lola Schalit
Photographie : Uli Rose
Agence : TBWA

En 1973, Flint, la première cigarette blonde qui n’est pas faite pour les beaux cowboys s’affiche en presse magazine. La cigarette Flint voulait révolutionner le monde et présenter les consommateurs non d’une façon idéalisée mais tels qu’ils sont ; Aussi la publicité de lancement montra-t-elle un fumeur dans un F3 en banlieue ; La cigarette fut retirée du marché quelques mois après son couteux lancement… Nul ne voulait être identifié à un banlieusard crasseux.

Au début des années 2000, la France découvre sur M6 le premier programme de télé réalité Loft Story  où Loana et Jean-Edouard jouant un remake de La piscine croient pouvoir éclipser Romy Schneider et Alain Delon. Rien que ça.

L’émergence de Facebook et des réseaux sociaux créent la course aux Likes et plusieurs marques sont épinglés pour des fans suspects. Enfin et c’est une bonne chose, la publicité évince les mannequins anorexiques made in Photoshop pour des formes plus généreuses. Les féministes montent la garde. Cela donne le fameux clip pub Dove évolution d’une minute pour le Fonds de l’estime de soi Dove / Unilever où une adolescente boutonneuse est transformée à coup de retouches en une magnifique beauté.

Le dictionnaire consacre « les vrais gens , le langage des publicitaires et des spin doctors qui veulent de plus en plus nouer une relation basée sur l’authenticité avec le public. En 2012, les candidats à l’élection présidentielle veulent être entourer et discuter avec les gens ordinaires. Des fils apparaissent pour tenir à bonne distance les médias de ces beaux instants. Certains redécouvrent cinq ans après les vertus de la proximité et les poignées de mains viriles. Sauf que la crédibilité se juge à l’ADN du candidat ou de la marque. Les valeurs toujours et les faits ne mentent pas.

Converser avec les vrais gens

Tout le monde a en tête l’adoption française de l’émission américaine Undercover Boss / Patron Incognito : un dirigeant d’entreprise « déguisé » en chômeur de longue durée est immergé pendant une semaine dans sa propre société pour vivre la vie de ses salariés. Et que penser des panels représentatifs de la France made in TF1 et de Jean-Pierre Pernault où les hommes politiques sont invités à discuter avec des français représentatifs. Cela débouche parfois sur la pharmacienne de Nice, en réalité une militante UMP, infiltrée dans un panel TF1 pour débattre avec Nicolas Sarkozy. Si les dirigeants d’entreprises ont besoin de telles émissions pour se confronter à la réalité quotidienne des salariés c’est qu’il y a une carence dans la politique de Gestion des Ressources Humaines. Si les hommes politiques acceptent les programmes de TF1 où le journaliste/présentateur se transforme en médiateur face aux élus de la République, c’est peut-être aussi qu’il y a une crise de représentativité. Il est grand temps de nourrir une vraie conversation avec les citoyens et les consommateurs en dehors des artifices médiatiques et des projecteurs du Quai du Point du Jour.

Deux exemples réussis : Crédit Agricole et François Hollande. L’une, la banque va à la rencontre de ses clients et collaborateurs pour leur donner la parole sans faux semblant, l’autre, le candidat à l’élection présidentielle réinvente la libre antenne des années 90.

Le bon sens à de l’avenir

Une musique qui allie énergie et mélodie, Watherver signée du groupe Oasis dynamise la communication du Crédit Agricole, sa nouvelle signature Le bon sens à de l’avenir et une vraie prise de parole…

Après la vague 2011, des vrais clients, le Crédit Agricole redonne aujourd’hui la parole  (2012) à ses clients et fait nouveau à ses collaborateurs pour mettre en avant la relation client. Un exemple du genre. L’ADN du Crédit Agricole : c’est la banque de la proximité avec un réseau de 7 007 agences qui accompagnent un français sur quatre, une entreprise sur trois, huit agriculteurs sur dix et 21 millions de clients. La banque a obtenu pour la deuxième année consécutive le Grand prix de la Transparence. Partant de cette légitimité de la proximité, le Crédit Agricole et son agence conseil BETC sont allés à la rencontre des français dans toutes les régions.. Les trois nouveaux films mettent en scène des clients et des conseillers sans filtres. Gageons que ce ne soit qu’un début et qu’un vrai dispositif relationnel (plateforme d’échanges, conversation clients/conseillers en direct…) soit mis en œuvre pour transformer la com’ en véritable promesse…

Radio Hollande

François Hollande lance sa webradio par <a

Si François Hollande croit dur comme fer au porte à porte pour créer une immense chaine d’adhésions autour du projet de société qu’il incarne, il ne déserte pas non plus les possibilités qu’offrent les nouveaux médias. « Radio Hollande », la web radio  est une initiative inédite qui fera date. Alors que les médias encadrés par l’égalité de temps de parole offrent des émissions au compte goutte, François Hollande, donne rendez-vous tous les soirs à 18h. La magie de cette émission réside dans la demi-heure de libre antenne où un représentant du candidat ou un expert répondent à des questions déposées sur un répondeur. La crédibilité de ce nouveau format de dialogues reposent sur le duo Pierre Lescure/Fred Musa, alliance du rock et du rap. A écouter l’émission, aucun tabou et la priorité donnée au décryptage permet d’aborder le programme loin de la télécommande et du règne de l’Audimat. Cette volonté de dialoguer directement sans filtre avec les gens, est également à l’origine de « un café avec François Hollande » où le candidat avait invité via la mailing list de ses supporters référencés sur son site 6 personnes à échanger avec lui.

« La proximité, c’est la sincérité » note Franck Tapiero, le Président d’Hemisphere Droit, agence et conseil en publicité. La proximité, c’est la clé d’une conversation réussie.

Au regard des résultats de l’institut d’étude australien Ehrenberg-Bass, la conversation des marques avec les consomm’acteurs est loin d’être gagnée : 1% seulement des fans de grandes marques consentiraient à répandre la bonne parole sur celles-ci ou à s’investir un tout petit peu. Le « Like » n’est pas tout.