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Vivre ensemble (4)

Pour réinventer le lien social, la citoyenneté et la solidarité !

L’information est passée inaperçue. C’était fin mai. Skype ajoutait la traduction à la volée des propos d’une autre langue. Le service de téléphonie de Microsoft allait abolir les barrières de la langue. L’aboutissement de quinze ans de recherche sur la traduction instantanée. Comme si dans ce monde où les saisons s’emmêlent, le printemps jouant à cache-cache, tandis que l’hiver s’obstinant à occuper le terrain, les symboles perdaient de leur sens. L’annonce de la firme américaine succédait à un autre évènement qui aurait bien besoin d’offrir à beaucoup de nos dirigeants une traduction en simultanée. Mais, le 25 mai, il n’a pas neigé. Aucun coup de tonnerre non plus. Matin calme. Comme si nous étions habitués à ce vol de charogne, tel le poème de Baudelaire. Et pourtant, les écoles de traduction existent aussi loin que portent le regard des hommes, depuis des millénaires. Comme si après le Déluge, le mythe de la Tour de Babel devait sans cesse se renouveler. Alors comment en finir avec le Mythe de la frontière ? Aux Etats-Unis, le pays où tout est possible, la conquête du Far West dans les westerns des années 60 tournés par John Wayne mènera bien à l’abolition des fronts pionniers pour donner corps à l’Union. D’ailleurs le mot Frontier est emprunté aux français par les anglophones dès le XVe siècle. Seulement, il n’évoque pas un repli, mais bien un mouvement. Kennedy, ne s’y trompera pas en inventant l’expression « Nouvelle frontière » dans son discours d’investiture pour mieux illustrer son cheval de bataille contre les problèmes non résolus de paix et de guerre, des poches d’ignorance et de préjugés non encore réduites, et les questions laissées sans réponse de la pauvreté et des surplus. Il s’ingéniera à remettre des New Frontier Awards à des américains de moins de 40 ans pour leur contribution au service public. Le mot apparait en français au XIIIème siècle. C’est aussi devenu un tube avec la chanson de Tiken Jah Fakoly « Ouvrez les frontières ». Tandis que Skype/Microsoft abolissent les barrières de la langue et que 300 millions d’utilisateurs de Skype se connectent au service chaque mois, et que WhatsApp proposera sous peu une fonction d’appels téléphoniques à ses 500 millions d’utilisateurs, on fait comment en France, pour réinventer le lien social, la citoyenneté et la solidarité et parler franchement à 60 millions de français ?

Et si le numérique était une chance ? Dans Le Monde du 15 juillet, Monique Dagnaud décrit un conflit de générations où la débrouillardise [des jeunes] est devenue une vertu cardinaleCauseur titre en une La France contre Paris. Et Elisabeth Lévy enchaine « A défaut de chercher à comprendre ce que sont les français et ce qu’ils veulent, le pouvoir central est toujours plus intrusif, toujours plus prompt à intervenir dans la vie de ses sujets en dépit du bon sens, à leur dicter ce qu’il faut penser et ce qu’ils doivent aimer. ».

Et pourtant des signaux faibles, il y en a à la pelle pour entendre ces cris sourds…

Qui se souvient des apéros géants ? Où les jeunes veulent être ensemble. Ça part d’août 2009 à Marseille avec un apéro de 2 200 personnes, puis à Nantes avec le premier apéro Facebook qui réunit 3 000 personnes. Puis viendront Rennes, Brest, Clermont-Ferrand… A Montpellier, le 12 mai 2010 , l’apéro Facebook réunira 12 000 personnes sous la pluie Place de l’Europe malgré l’interdiction préfectorale. Un record. Je m’en souviens, mon bureau d’alors à l’Hôtel de Région offrait une magnifique vue sur la foule. Durant toutes ces manifestations spontanées, la chasse aux adresses IP est lancée pour débusquer les organisateurs… Peine perdue. D’autres phénomènes numériques, peuvent être décrits (voir mon post précédant).

Ce sont les citoyens qui s’emparent d’Internet pour agir différemment et réinventer la société à leur échelle explique Antonin Léonard, cofondateur de la communauté OuiShare (communauté de l’économie collaborative) dans Le Monde Culture & idées du 28 décembre 2013.

Nous sommes dans l’ère du numérique ! Et cela fait lien entre les générations. La démocratie doit également basculer dans le numérique. Il ne s’agit pas de basculer dans le tout numérique. Il s’agit de s’adapter au numérique pour que les institutions ne se coupent pas des réalités vécues aujourd’hui par des millions de concitoyens. Il ne doit pas y avoir de césure entre la vie quotidienne et la relation avec les institutions, administrations publiques et représentants du peuple.

Des preuves ? Podemos, le nouveau parti espagnol issu du mouvement des « indignés », révélation des élections européennes du 25 mai (7,97 % des voix et 5 sièges après seulement quatre mois d’existence) agrège près de 400 000 fans sur Facebook et 200 000 followers sur Twitter, devançant largement les 140 000 oiseaux sur Twitter du PP ou du PSOE. Son médiatique chef de file, Pablo Iglesias, 36 ans, en compte près de 330 000.

Même si, comme l’écrit Hannah Arendt la question du sens de la politique, tout comme la méfiance à l’égard de la politique sont très anciennes, aussi anciennes que la tradition de la philosophie politique. Elles remontent à Platon et peut-être même à Parménide… Je veux croire que la politique est une nécessité pour animer et créer les solidarités indispensables à la vie humaine.

Des pistes ! Il suffit de feuilleter de nombreux ouvrages pour se rendre compte, de la somme d’idées à portées de main pour faire de l’élaboration collaborative des politiques publiques une réalité. Cela pourrait être : la démocratie collaborative (Julien Cantoni) en proposant un ensemble d’instruments démocratiques plus agiles, plus ouverts aux citoyens mais respectueux de la démocratie représentative en sollicitant les citoyens là où ils vivent leur sociabilité (la place publique bien sûr, mais aussi les réseaux sociaux : Facebook et Twitter en tête).

Pourquoi ne pas créer un réseau social à l’échelle d’une ville pour débattre et inviter les habitants à donner leur avis et à faire des propositions ? Ce réseau doit être l’intranet des habitants d’une même ville, tout à la fois portail des services municipaux, des associations et de l’ensemble des acteurs. La Smart city (« ville intelligente » communicante et durable) ne doit pas se limiter aux seules infrastructures. Elle doit offrir une relation à l’usager interactive et mobile, faire communiquer l’ensemble des acteurs et objets et mener de nouvelles formes de coopération.